Débats-idées-reflexions

5 novembre 2019

La famille

par Myriam Lafaille

 

Lors d’une réunion de travail avec des membres de l’association AFGA, l’une de nous (Gestalt-Analyste de profession) témoignait de s’être sentie « étrangère » lors d’un congrès réunissant des psychothérapeutes.

Cette phrase et le sentiment associé m’ont accompagnée plusieurs jours durant.

Étranger… Cette phrase issue de wikipédia éclaire ce sentiment : « le terme plus ou moins amical d’étranger peut servir à qualifier ou à pointer une personne qui apparait comme “différente” ou “singulière”, par le fait qu’elle est perçue comme n’appartenant pas ou pas complètement au groupe familialsocialethniquepolitiquegéographique, voire à une copropriété, une commune, une région, un club, une entreprise, etc. »

Ainsi on peut apparaître comme étranger ou se vivre comme tel alors que l’on est au milieu de sa famille de référence, pour notre collègue de l’AFGA, des psychothérapeutes.

Cela m’a beaucoup parlé car c’est venu éclairer positivement quelque chose que je vivais difficilement : le fait de me sentir étrangère dans des réunions de membres de ma profession ou pratique (coaching, formation…) et l’intérêt pour la communauté gestaltiste dans laquelle je me sentais « en famille » bien que n’exerçant pas une pratique gestaltiste… dans la limite où je me sentais parfois étrangère aussi à cette communauté par complexe peut-être, ou quand le propos relevait plus de la pratique que de l’esprit de la pratique.

Bref cet échange et ses suites m’ont amenée à clarifier mes appartenances. J’ai des familles de référence liées à ma pratique professionnelle avec des alternances de sentiment « d’en être » et d’être étrangère selon les circonstances. J’ai une famille de pensée qui est ce Gestalt-village dont certains rendez-vous me réchauffent à ce sentiment d’être chez moi et d’autres me renvoient à mon sentiment d’être « étrangère ». Je suis Gestalt-pratiquante et non praticienne à ce jour.

Cela m’amène à partager un exemple de réunion de famille dans laquelle j’ai expérimenté le bonheur d’être à la maison.

L’AFGA a proposé au début de cette année une conférence animée par un philosophe sur le thème de la consolation. C’est en soi déjà amusant qu’une communauté du champ de la psychologie (praticiens et non praticiens) invite un philosophe qui, dès le départ, a signalé son caractère d’étranger du champ de la psychothérapie. Or la magie a opéré… Nous avons voyagé au travers des différents courants philosophique afin d’explorer comment ces penseurs ont adressé la question du besoin de consolation inhérent à notre condition humaine.

J’ai notamment retenu que le besoin de consolation fait suite à une perte, le monde ne va plus de soi et notre être au monde est modifié par cette perte, le sensé et le sensible sont abimés, affectés. Celui qu’elle touche est tenté de chercher un réconfort et la consolation prend toujours la forme d’une relation. Dans la mesure ou dans cette perte il y a quelque chose d’irréparable, la consolation n’est pas une guérison.

Celui qui répond au besoin de consolation peut apporter une réponse sous deux formes. La première est une présence, une attention et une prise en considération de la souffrance. La souffrance est entendue, ni ignorée, ni minorée. Cette réponse est du registre du sensible et peut prendre la forme d’un regard, de gestes. Un animal peut apporter cette consolation et à ce titre être plus humain que nous (autre bouleversement pour moi quant aux familles de références…).

La deuxième forme de réponse au besoin de consolation est de l’ordre du sensé, elle appelle la parole. Quelque chose est tenté pour arracher celui qui souffre à une sorte de sidération. C’est une tentative de retrouver un lien au langage et donc au sens, c’est permettre à l’autre de dire, d’articuler, de formuler ce dont il souffre. Quand on est capable de dire ce qui nous affecte, on le circonscrit, on lui donne un contenant et cela l’empêche de tout engloutir, cela stoppe le processus invasif. Un lien fondamental est rompu mais ne recouvrait pas la totalité de son existence, d’autres liens le rattachent à l’existence.

Entendre ces mots, ces phrases, permet d’identifier des messages essentiels pour plusieurs familles de référence. Les psychothérapeutes dans la salle ont reconnu leur art d’écouter et accueillir par leur qualité de présence travaillée jour après jour. En tant que membre du genre humain cela m’a donné envie d’être aussi humaine qu’un animal de compagnie qui sait reconnaitre que la personne en face de lui a besoin d’être consolée et aller vers elle. Depuis, je me pose la question dans certaines situations difficiles à la maison ou au travail : quelqu’un aurait-il besoin de consolation dans ces circonstances ?

 

En guise de conclusion, il m’apparaît que les familles d’appartenances dans lesquelles j’aime à me joindre et au contact desquelles j’aime grandir présentent les caractéristiques suivantes : elles sont sensibles et sensées. Elles nous permettent de toucher et d’entrainer nos cordes sensibles et sensées.